Maroc et cinéastes
Maroc et cinéastes
Le Maroc, certes, peut être lu de diverses façons, La somme de toutes ces lectures possible est le Maroc ici en question. Celle-ci concerne sa positivité, mais « au-delà de toute positivé la ‘vérité’ politique du Maroc, on peut l’aborder de diverses façons, cette actualité peut être vue à la lumière des sciences r_-ares de ra philosophie et de la littérature, L’art, aussi propose certaines lectures, qui ne sont pas directement politique, qui portent une pensée politique implicite, mais dont le but n est pas directement politique, En art, la politique est subordonnée a autre chose. C’est ainsi que le cinéma peut jouer un rôle militant politiquement, par exemple, participer d’une idéologie conservatrice ou progressiste, comme on dit, son but, son enjeu n’en sont pas rônins différents. La question politique cinématographique est un spectacle, comme un autre spectacle, Le vrai militantisme, la vraie authenticité, la transformation réelle du Maroc ne peuvent procéder d’un a priori idéologique ni d’une vision politique préalable. C’est que la transformation, l’authenticité, le militantisme sont, pour le cinéma, des prétextes, Transformer le Maroc, c’est transformer le cinéma lui-même; chercher l’authenticité, c’est retrouver l’authenticité du cinéma; militer, c’est lutter pour le sens de l’art cinématographique, bref, c’est se -réapproprier un pays colonisé, dominé, démembré, s’approprier a technique selon les moyens pourvus par l’art marocain le plus secret. La lecture cinématographique marocaine doit être fidèle au cinéma, absolument attentive aux signes et aux évènements qui marquent l’émergence d’un Maroc certain et enfoui.
Le cinéma marocain est donc condamné à se déchiffrer lui-même, d’abord en tant que Cinéma (d’où sa marocanité) et se construire en tant que Maroc (d’où sa cinématographie), c’est-à dire que. Pour une conne part, il doit s’appuyer sur les lectures positives Cu Maroc tout en demeurant fidèle à sa propre pertinence qui elle dépend du degré d’imprégnation et d’assimilation du cinéma, de sa technique et de son histoire. Cela revient nécessairement à marocaniser le cinéma dans la mesure où on s’appuie sur la pensée de décolonisation et de lutte anti-impérialiste, sur la pensée d’une certaine identité, d’une condition historique à la fois communautaire et nationaliste, nationalitaire, bref à donner une mémoire positive et une identité virtuelle à ce cinéma, à récupérer une certaine identité de droit ; mais, à l’opposé, la fidélité à la seule lecture cinématographique éloigne le cinéaste de la perspective étriquée de ces lectures, qui sont marquées par le positivisme et à la croyance à la vertu scientifique de leur démarche, au statut de savants de ceux qui pensent dans une telle perspective, et le projettent en quelque sorte dans l’écart entre ces lectures et sa propre lecture qui, elle, est essentiellement artistique, scientifique et populaire, bref technique C’est cet écart, qui, poussant le cinéaste à trouver le sens de sa pratique dans un pays dominé technologiquement, le met aussi en contact avec ce Maroc des profondeurs, africain, arabe, occidental, tout uniment, qui recèle non une certaine technologie (science, art, et popularité) comparable à la technique cinématographique, mais une lecture vive de cette multiple identité, l’identité souterraine de cette multiplicité culturelle, ethnique, imaginaire, qui constitue son être. Cette multiplicité est celle qui définit l’audience, le crédit et l’efficacité du cinéma. Elle doit, pour le cinéaste marocain, servir à mieux cheminer vers ce qui assure au cinéma une telle force, universalité et expansion artistique, qui reflète le destin de l’occident lui-même dans la mesure où il est la seule civilisation à s’être répandue d’une façon vraiment et exclusivement universelle. Le cinéma s’adapte à toutes les cultures’ l’occident, lui, les adapte à sa technique. Adapter le cinéma au Maroc, l’adopter historiquement, artistiquement et techniquement, c’est le contraire d’une adaptation du Maroc à la vision cinématographique, corollaire lointain de l’adaptation impérialiste. C’est détacher le Maroc de toute forme d’adaptation ou d’adoption coloniale (ou anti-coloniale) pour le cinématographier à partir d’une multitude de pôles hégémoniques (culturels) qui, au niveau du Maroc, sont brassés, spécialisés et constitués nationalement.
Le cinéaste marocain adopte le cinéma pour l’adapter à une réalité impensée, ou, simplement, pensée dans le cadre restreint. Restreignant et relatif des luttes politiques et idéologiques dont la conjoncture est à la fois nette et instable. Etre marocain, pour le cinéma, c’est retrouver le sol natal du cinéma, retracer le mouvement stable et originaire de toute question vraiment artistique et. En même temps, retrouver un Maroc dont la géopolitique est déjà configuration, brassage, multitude. Le cinéma n’a cessé de se perfectionner et de se varier, d’acquérir une indépendance vis-à-vis des autres formes d’expression artistique connues en occident. Cela s’est réalisé au profit d’une industrie de l’imaginaire (impliquée dans la question de la technique) et d’une popularité universelle (impliquée dans l’impérialisme culturel). Se libérer culturellement, fabriquer du cinéma, n’est-ce-pas, pour le Marocain cinéaste, décoloniser ce cinéma des trusts (le structurer nationalement) et le singulariser absolument (en empruntant le chemin de tout art, à savoir la question de la technique même ?).