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Cinéma et Maroc

Cinéma et Maroc

Peut-on parler de cinéma marocain ? Ce cinéma existe-t-il ? Quel critère nous servirait-il ainsi à qualifier une œuvre cinématographique, son degré de marocanité ? Ce critère n’existe peut-être pas, puisque le Maroc en lui-même est un cinéma, un écran, un stand forain. Ainsi toute œuvre réellement dégagée des limites de l’universel, ne peut qu’être marocaine.

Que des cinéastes marocains prennent la caméra et créent un cinéma marocain, ce fait est positif, mais nous ne pouvons pas dire que la nationalité des cinéastes, des thèmes et des styles (s’il y en a) cinématographiques marocains suffise à créer un tel cinéma, Car ce cinéma existe, bel et bien, avant que la caméra ne cherche à l’écrire, le visualiser et l’animer artistiquement. Car ce cinéma serait à reprendre là où il est, à recréer artistiquement et à élaborer selon les techniques artistiques cinématographiques en tant que telles. Recréer ce cinéma (cinématographier le Maroc), ce n’est pas en marocaniser les effets et les thèmes, les styles et le combat, bref, ce n’est pas travailler à partir du Maroc, mais bien plutôt, chercher la marocanité dans l’essence même du cinéma. Cette marocanité n’est pas technique, quoiqu’elle en participe inévitablement. Faire du cinéma marocain, ce n’est ni cinématographier le Maroc, ni marocaniser le cinéma, c’est chercher le sens du cinéma en tant que tel, la technique, l’art marocain le plus irréductible. Ce sens, cet art se rejoignent dans la pratique cinématographique, dans la mesure où cet art est, scientifiquement un jeu et historiquement très populaire.

Le « jouet scientifique » qu’est le cinéma, le stand forain qui est le centre de propagation de cet art et de popularité, sont, de nos jours, un art et un commerce, une industrie et une vision du monde.
Il est donc utile d’interroger le Maroc pour comprendre un tant soit peu le chemin de l’art (que le cinéma adapte et intègre à sa propre technique) et le sens de cet art (devenu essentiellement technique dans le cinéma) ; c’est mettre le cinéma (la technique, la science et l’art) en question à travers un Maroc situé entre plusieurs pôles de civilisations. Si le cinéma est l’art occidental qui s’est popularisé et universalisé à un degré extrême, il donne donc à lire aussi bien l’occident que sa civilisation, telle qu’elle s’interprète et s’impose aux peuples et aux cultures différentes.
C’est donc d’un débat universel qu’il s’agit. Et il nous semble que le Maroc est un pays essentiellement cinématographique, dans la mesure où le cinéma parle son langage, à la fois populaire et savant, scientifique et artistique, technique et poétique. Le langage marocain n’est pas seulement cinématographique, il donne une chance au cinéma de se penser et de prendre conscience de son » métier ». Car ce débat a besoin d’un centre qui ne soit absolument point hégémonique, dont l’absence d’hégémonie (cultuelle, militaire ou autre) est le seul critère de centralité. Le Maroc serait un décentrement de toute question et de toute pensée contraignante. C’est là le langage profond du cinéma. C’est ce que les cinéastes marocains doivent cinématographier, de telle sorte que le cinéma ne soit plus ni un art étranger (il est chez lui au Maroc) ni un art vulgaire (il participe à un débat essentiel)

La nationalité du cinéma, comme sa subtilité, ne résident que dans la maîtrise et la profondeur de vision, d’écoute, de celui qui le pratique, Autrement, il n’y aurait point de cinéma marocain, de cinéma tout court, ni de Maroc – paradoxalement –.
Un vrai cinéma marocain doit être à l’écoute du cinéma lui-même, et voir ce Maroc tel que le cinéma y peut intervenir pour avoir un sens, une portée, une vérité.